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moon du(s)t

Comment avez- vous commencé la photographie ? 

J’ai commencé la photographie quand j’avais 14 ans, un ami m’avait parlé d’un « club de photos » auquel je me suis rendu, et j'ai commencé la photo de rue. Je m’entrainais beaucoup, est de là je me suis dirigé vers le documentaire en choisissant de travailler sur des projets.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur la zone de Wadi El Qamar ?

Je vis à 10 minutes en voiture de la Moon Valley, et j’ai un ami là-bas. Un jour, en 2016, j’ai vu un post sur Facebook expliquant qu’un enfant venait de mourir à cause de l’asthme à cet endroit et j’ai été touché parce que je suis également atteint d’asthme. J’ai donc commencé mes recherches et j’ai découvert que dans cette zone les enfants naissaient avec la maladie à cause des déchets utilisés et produits par l'usine.Toutes les cinq minutes, l’équivalent de 2, 5 centimètres de poussière qui se dépose partout dans la ville. Les habitants sont obligés de mettre des couvertures de plastique sur leurs fenêtres pour se protéger. Ils ne voient jamais la lumière. 

Combien de temps avez-vous passé dans la Moon Valley ? 

J’y ai passé énormément de temps, mon approche passait par le fait de vivre avec eux. Plus je passais de temps avec eux, plus je cassais les barrières entre eux est moi et ils me faisaient confiance. Je suis devenu comme un membre de leurs familles et j’étais invité aux mariages et à tous les évènements de leur vie sociale. Je passe toujours beaucoup de temps avec les gens, quelque soit le sujet que je traite. Parfois je prends des photos, parfois j’écoute simplement les gens me raconter leur vie. 

"Toutes les 5 minutes, l'équivalent de 2,5 centimètres de poussière se dépose partout sur la ville".

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"Les gens ne peuvent pas travailler, ils restent chez eux. Ils n’ont pas d’argent pour quitter leurs maisons et beaucoup d’entre eux meurent. Rien de concret ne leur est proposé."

Les habitants malades reçoivent-ils une quelconque aide du gouvernement ? 

Les gens reçoivent des dons individuels, faits par des particuliers. Quand j’ai eu presque terminé le projet, nous avons fait une grande exposition dans le centre ville du Caire et l’idée était de réunir le public et les journalistes sous le même toit et leur présenter le projet. Tous les bénéfices faits lors du vernissage étaient reversés au habitants de la Moon Valley afin d’acheter des masques respiratoires et des médicaments. Les gens ont été très généreux et ont beaucoup parlé du sujet car personne en Egypte n’avait montré ça avant. 

Pensez-vous qu’il y ait une solution de prévue à long terme ? 

Je réalise un film documentaire actuellement sur le sujet et je pose justement cette question. Personne ne connait le futur pour cette zone et pour ses habitants. J’ai rencontré un enfant de 11 ans qui ne peut pas sortir de chez lui à cause de l’asthme, il ne peut pas jouer avec ses amis, et ne sait pas ce qu’il va devenir. Les gens ne peuvent pas travailler, ils restent chez eux. Ils n’ont pas d’argent pour quitter leurs maisons et beaucoup d’entre eux meurent. Rien de concret ne leur est proposé. J’espère que mon film documentaire pourra faire évoluer les choses. Ces personnes méritent d’être ici, j’ai des photos d’archives montrant que les familles étaient là avant, leurs maisons leur appartenaient déjà à l’époque du Roi Farouk. 

Pourquoi traiter le sujet en noir et blanc ? 

Pour moi le noir et blanc parle plus des émotions et de la manière dont les gens se sentent donc traiter ce sujet en couleurs n’avait pas de sens. Le noir et blanc menait tout de suite aux gens photographiés. 

Où souhaiteriez-vous voir circuler le projet ? 

Partout où le projet ira j’espère que les gens se sentiront concernés car c’est un projet qui parlent d’une question humaine. Les photos ont été exposées en Egypte, à Dubai, maintenant en France. L’importance c’est que mon projet ouvre plus de conversations et interpelle les gens. 

Beaucoup de gens me demandent comment ils peuvent soutenir les habitants de la Moon Valley. C’est peut être bête à dire mais l’aide la plus concrète qu’on pourrait apporter à ces gens seraient de louer une maison et permettre à une famille de s’éloigner de cette zone. Avec 500 livres égyptiennes qui représentent environ 50 dollars, on peut louer une maison. Il faut aussi des masques respiratoires, car l’asthme n’est pas une maladie qui se soigne. Il faut juste s’éloigner des endroits qui le provoque donc il faut trouver des solutions temporaires en attendant qu’il se passe quelque chose venant de plus haut. 

Quand pourrons-nous voir le film ?

Je l’ai presque terminé, je vais commencer le montage dans quelques jours et je pense le terminer pour la fin de l’année avant de l’envoyer en festivals.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

Je commence un projet sur les personnes qui sortent de prisons en Egypte. Il n’y a rien de prévu pour eux et pour leur permettre d’avoir une deuxième chance. Je travaille aussi sur leurs tatouages qui sont très spécifiques et qui racontent leur histoire. 

Mohamed Mahdy

- Entretien par Mathilde Azoze -

- Le 27.09.2019 -

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