LUMIÈRE SUR : LA COMMUNAUTÉ OUïGOUR

© Patrick Wack / The Night Is Thick

MATHIAS DEPARDON

contrôle 

des informations

"Partout où je suis allé dans la province, j’ai fait l’objet de l’attention appuyée des autorités locales qui sont allées jusque me faire suivre 24h sur 24 dans certaines villes."

Quand vous vous êtes rendus dans le Xingjiang en 2016, comment les mesures de répressions prises par le gouvernement chinois apparaissaient visuellement dans le paysage de la communauté ouïgour ? 

En 2016 nous connaissions certaines des  mesures de répressions prises par le gouvernement comme l’interdiction à l’appel à la prière mais n’avions à l’époque pas la moindre idée que des camps de travail étaient présent. Néanmoins des quartiers Ouïgours avec des gardes étaient fermés aux étrangers et à toutes personnes souhaitant y entrer sans autorisation. Ces quartiers étaient visibles dans le centre d’Urumqi et de Kashgar. Il était également à l’époque très difficile de pouvoir rentrer chez les gens qui craignaient des représailles des autorités. On sentait une réelle tension dans les villes et les autorités surveillaient les étrangers de très prêt, surtout ceux avec un appareil photo. Depuis 2017, le gouvernement de Pékin mène une politique d'internement forcé. Près d'un million de personnes ont été envoyées dans des camps de « rééducation », des prisons où l'on mêle endoctrinement politique et assimilation culturelle. Des camps où l'on pratique massivement le travail forcé. 

Vous passez du temps avec la communauté sur place. Comment vivent-ils cette situation ? Comment tentent-ils de s’en protéger ? 

La progression de ces migrations intérieures génère de vives tensions dans le Xinjiang. Dans les zones au sud du Takla-Makan, les actes de violence des Ouïgours à l’encontre des symboles de l’Etat chinois ou des migrants Hans sont fréquents. Mais la riposte des forces spéciales est souvent disproportionnée : l’Etat s’évertue à neutraliser toute revendication ethno-nationaliste, qualifiée par la propagande chinoise de séparatisme, de fondamentalisme et de terrorisme, et nombre de pratiques religieuses traditionnelles inoffensives comme le port du voile ont été déclarées hors la loi. En 2016 la communauté ouïgours  est déjà sous la répression de Pékin. On sent la situation difficile car encore une fois personnes ne vous laisse rentrer chez lui et personne n’ose réellement parler à par votre fixer qui lui même prend des risques à être avec vous. 

3 Février 2019, Hotan, Province du Xinjiang . Des locaux de la minorité Ouïgour attendent en lignes pour le contrôle de leur cartes d'identité et les fouilles corporelles avant d'entrer dans le bazar local.

Novembre 2016, Province du Xinjiang, Chine. Vieil homme chinois photographié dans la chambre de sa maison. Il est le gardien d'une mine dans le désert de Tklmakan, dans l'ouest de la province du Xinjiang.

Comment les turcs considèrent ils les ouïgours ? Quelle-est la position du gouvernement turc concernant la situation actuelle de la communauté Ouighour ? Ont-ils pris des mesures ? 

Situé à l'ouest de la Chine, le Xinjiang est le pays des Ouïghours, une minorité musulmane turcophone chinoise de quelque 10 millions de personnes, islamisée au XIe siècle. Le « Turkestan oriental », comme on l'appelait au XIXe siècle puisqu’il était la terre des « vieux turcs », est un territoire stratégique, frontalier de huit pays et riche en pétrole. 

Les Ouigours sont considéré par les turques comme étant les ‘eski turk ‘ les vieux türc. Les Ouïghours sont des frères de religion et de sang mais la Turquie, se hasarde rarement à critiquer la répression de Pékin sur cette minorité. Néanmoins plus de 50.000 Ouïghours vivent à Istanbul. Ils sont aujourd’hui les bienvenus en Turquie et nombre d’entre eux tente l’asile en Turquie même si Pékin demande la rapatriement des ouïgours venues chercher l’asile en Turquie.  

Quelles sont les matières premières que l’on peut trouver dans la région, qui rendent cette région économiquement si précieuse ? 

Le Xinjiang est un territoire stratégique, frontalier de huit pays et riche en pétrole. Pour les Hans, l’ethnie majoritaire d'une Chine en quête de nouveaux territoires, il s’agit d’un espace intérieur à coloniser.  Largement sous-exploité jusqu'à présent, ce puits de ressources énergétiques est capital pour le futur développement économique de la Chine.

Le Xinjiang est la seconde région productrice de pétrole du pays, avec 27,4 millions de tonnes de brut par an, soit un million de tonnes de plus qu'en 2007. Elle assure près de 14% de la production domestique nationale.

Le Xinjiang fournit également un tiers de la production nationale en gaz naturel, avec 24,1 milliards de mètres cube par an. Première productrice de charbon de la République de Chine, le Xinjiang concentre 40% des réserves nationales. En février 2008, des géologues ont trouvé le plus grand gisement d'uranium du pays (10.000 tonnes), dans le bassin de Yili. «Une ressource majeure étant donné les besoins énergétiques de la Chine. Mais l'ancien Turkestan oriental sert également à la Chine sur le plan géostratégique. Historiquement, le Xinjiang a plutôt été une zone tampon, notamment au moment du schisme sino-soviétique. Mais aujourd'hui, ce rôle s'est inversé de manière à devenir un pont, pour permettre à Pékin de projeter son influence économique et politique vers les régions adjacentes, en Asie du Sud, en Asie du Sud-Est et au-delà vers le Moyen-Orient, et rattraper la Russie en influence. Le Xinjiang dispose enfin d'une sorte de ville secrète, Malan, qui abrite un institut de recherche en physique nucléaire et qui aurait été utilisé comme une base nucléaire cachée.

Mai 2016, Hotan, Province du Xinjiang, Chine. Place Tuanjie, Place principale d'Hotan , pendant un événement de nuit. Au centre de la place se lève la statue de Kurban Tulum, serrant la main à Mao Zedong. Kurban Tulum était un paysan Ouïgour qui vivait dans le comté de Yutian. Cette statut est un symbole d'unité du Parti communiste avec les OuÏgours. 

28 septembre 2019, Conté de Shanshan, Province du Xinjiang, Chine. Des tanks miniatures motorisés, sur le site du Desert de Kumtagh, un parc touristique, destiné principalement aux touristes chinois Han. Au second plan, des touristes escaladent la dune principale du parc. 

Patrick Wack

- Entretien par Mathilde Azoze -

Le 16.03.2020

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