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« Pour reprendre les mots de Jean-Claude Pomonti, Phnom Penh est « une capitale qui se développe par le haut, des classes moyennes urbaines balbutiantes dont le pouvoir d'achat devient plus substantiel, une paysannerie qui finit par s'intégrer, l'émergence d'un État. » 

Cette photo est issue de la série « Above the hill » sur la métamorphose de Phnom Penh. À l'entrée de Diamond Island, un petit groupe de pêcheurs tente d'attraper du poisson dans la rivière Bassac, affluant du Mekong. Cette image représente la fracture entre deux mondes. Au loin les grattes-ciel en construction nous rappellent les grandes métropoles du sud-est asiatique. Tandis qu'au premier plan, le groupe d'hommes pêche dans la rivière sale et asséchée avec des moyens d'un autre temps.

 

Au Cambodge, les années de conflit, et l'instabilité politique qui s'ensuit jusqu'à la fin des années 1990 n'ont pas été favorables au développement du pays. Au tournant du siècle, comme pour rattraper son retard, le Cambodge mise sur l'urbanisation de la capitale comme moteur de développement du pays et ce n'est qu'à partir des années 2000 que Phnom Penh commence à accueillir de grands projets urbains à l'instar du « Phnom Penh City Center » dans le quartier du lac Boeung kak. Le lac est asséché puis recouvert de sable pour y bâtir un centre ville avec quartiers d'affaires, logements résidentiels et fastfoods. À la même période sur Koh Pich, dit Diamond Island, cette petite île sur les bords du Mekong dont les 75 hectares de marécages ont été cédés en 2006 à la société d'investissement « Overseas Cambodia Investment Corporation », de nombreux aménagements commencent à voir le jour. Depuis, l'île subit une transformation globale menée par les promoteurs immobiliers : quartiers résidentiels avec villas, condominiums et centres commerciaux, le tout destiné aux riches. L'un des quartiers a été surnommé Elite Town, où une maison peut coûter jusqu'à 1 million de dollars. Juste en face, se dresse le « Elysées project » un projet immobilier faramineux à 150 millions de dollars qui laisse jour après jour entrevoir un peu plus ce faux Paris avec ses copies d'immeubles de type Haussmannien et sa réplique de l'Arc de triomphe. Cet essor fulgurant que connaît le Royaume Khmer dirigé par le Premier ministre Hun Sen voit ainsi le jour grâce aux fonds chinois.

À chaque fois, les promoteurs n'ont pas hésité à expulser les populations, vivant principalement de la pêche, qui s'y étaient installées.

Évictions foncières pour favoriser les investissements privés, absence de planification urbaine réglementaire pour ne pas freiner les investisseurs, dans ce contexte politico-économique en transition rapide, nombre d'acteurs privés comme publics s'enrichissent par la spéculation foncière. Toutefois l'avenir de ces projets grandioses demeuren incertain, car en décalage total avec les réalités sociales de la ville. Phnom Penh se veut une ville moderne, mais une infime minorité peut se permettre d'accéder à ce « nouveau Cambodge». Ainsi, pour l'heure, les condominiums flambant neufs restent en grande majorité inoccupés. Le jounaliste Jean Claude Pomonti rajoute : « Seul l'avenir dira s'il ne s'agit pas plus simplement d'un mirage ou d'un éléphant blanc. »

 

Ma série photographique « Above the hill » tend à dresser le portrait d'une ville en transition dans un Cambodge en suspens. Alors que les constructions s'accélèrent, la ville semble en permanence inachevée, la population dans l'attente. Phnom Penh est comme tant de grandes villes d'Asie du Sud-Est, une ville qui grouille, qui étouffe même. Dans le centre-ville, les grattes-ciel poussent comme des champignons. En périphérie, les ruisseaux sont ensablés, les cocotiers abattus, la campagne transformée tantôt en lotissements pavillonnaires, tantôt en zones industrielles. Phnom Penh est cette métropole qui éclôt, ce paysage qui disparaît.»

Benjamin Filarski

Extrait de "Above the hill", Cambodge, 2018

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© Benjamin Filarski, Extrait de "Above the hill", Cambodge, 2018.